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A Arles, contre les stéréotypes, des noirs photographiés par des noirs

Des peaux sombres sur fonds acidulés, en Afrique, à New York ou Londres: l’exposition « New Black Vanguard » des Rencontres d’Arles revendique des prises de vue de noirs par des noirs, à la frontière de la mode et de l’art, pour combattre les stéréotypes.

Cette « nouvelle avant-garde noire » a été mise en avant par l’Américain Antwaun Sargent, ex-critique d’art et auteur américain, tout juste nommé à la tête de la prestigieuse galerie Gagosian.

L’idée de rassembler dans une même exposition 16 photographes noirs du monde entier — de moins de 30 ans pour la plupart — lui est venue il y a quelques années, face à « cette génération particulière qui est très intéressée par ses propres représentations, ses propres identités, et va à l’encontre des traditions sur la sexualité, le genre, la race ».

« Un travail sur leur communauté et comment ils veulent la représenter », explique M. Sargent, loin du cliché blanc d’un monde noir « homogène ».

Une problématique qui n’épargne pas, selon lui, « les pays à majorité noire comme l’Afrique du Sud, où les médias dans leur majorité sont contrôlés depuis longtemps par la minorité blanche ».

Jamal Nxedlana, photographe sud-africain exposé à Arles, a ainsi cofondé le magazine « Bubblegum club », « parce qu’historiquement les grands magazines du pays ne donnaient jamais aux noirs le pouvoir de s’exprimer ».

Pour Lesley A. Martin, la directrice artistique de l’exposition, « depuis la mort de George Floyd, il y a une prise de conscience certaine et des choses se passent aux Etats-Unis ».

Selon elle, ce n’est pas un hasard si la plupart des photographes présentés dans l’église Sainte-Anne d’Arles ont débuté dans la mode. « Longtemps, les galeries d’art aux Etats-Unis n’étaient pas très ouvertes aux artistes noirs, il y avait un peu plus d’opportunités pour eux dans la mode ».

Tresses africaines et boucles Chanel
Parmi ces photos de mode, une de celles affichées à Arles est particulièrement marquante: la une du Vogue américain de septembre 2018 avec la chanteuse Beyoncé en robe volantée blanche, la tête couverte d’un exubérant bouquet de fleurs. Le jeune Tyler Mitchell est alors le premier photographe noir à faire la une du célèbre magazine.

« Il y a un sentiment global sur le fait d’être noir, et vous pouvez voir la diversité de la diaspora africaine dans ces clichés », explique M. Sargent.

Des tendres « jumeaux » de Mitchell, jeunes hommes en costumes pastels, fronts auréolés de perles, à ce portrait de l’Anglo-Nigériane Ruth Ossai qui mixe tresses afro, veste et boucles d’oreilles Chanel, sur fond champêtre.

Une réflexion sur la beauté et le corps, aussi, et sur « la question de qui mérite d’être pris en photo, et comment ». Car loin des stars comme Beyoncé, Ruth Ossai a photographié les membres de sa famille.

L’idée de ces artistes, c’est de « photographier les personnes importantes, célèbres ou pas (…) pour capturer tout le spectre de la vie des noirs et de leur culture contemporaine ».

A l’église Sainte-Anne, tous les tirages sont accompagnés du nom du photographe, mais aussi de celui du styliste, du coiffeur, eux aussi noirs. Une démarche indispensable selon Antwaun Sargent, pour « reconnaître le travail des gens, quelque chose de nouveau ».

Les Rencontres d’Arles, un des plus grands festivals de photographie au monde, se tiennent jusqu’au 26 septembre.

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