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Pour ne pas avoir “à vendre de la drogue”, Mamadou est vendeur ambulant à Pampelonne

Dans le creux de l’actualité estivale, la présence des vendeurs à la sauvette n’échappe à personne sur les plages. Mamadou, Sénégalais, est l’un d’eux. C’est son premier été sur la baie.

Ils zigzaguent entre les parasols et les serviettes de plage et vendent leur camelote dans l’illégalité la plus totale. A Pampelonne, les vendeurs à la sauvette font grogner.

Pour les plagistes et les vacanciers, ce sont des “Africains” sans papiers, noyés dans la masse anonyme des margoulins écoulant leur marchandise à prix cassés. Mais la majorité d’entre eux vient du Sénégal, ce pays d’Afrique de l’Ouest, bordé par l’Océan Atlantique et coincé entre le Mali et la Guinée.

Mamadou, un sourire d’ange, des yeux rieurs mais cernés, est l’un d’eux. Depuis mai, ce jeune Sénégalais propose aux touristes perches à selfies, chapeaux et bracelets.

Cash et direct, il affirme d’emblée ne pas compter ses heures et travailler de 10 h à 19 h, sept jours sur sept, dans la “chaleur”. Plus de 9h à marcher, courir et effectuer le même trajet. Sans pause, ni couverture sociale, ni congés.

Arrête-moi si tu peux

Doué dans l’art du marchandage, Mamadou n’en perd pas pour autant sa vigilance. Depuis 2011, la vente à la sauvette est un délit. Dans sa sanction maximale, la loi LOPPSI prévoit: “une peine de six mois d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende”.

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Mamadou en convient : son petit commerce est illégal. A l’affût d’un débarquement policier, il ne cesse de scruter les passages sur la plage. Le geste est naturel, presque machinal.

Un peu comme son sourire, devenu son instrument de travail et sa carapace.

A Pampelonne, il ne suffit pas de marcher pour attirer les clients. Il faut aussi sourire, faire sentir qu’on est là.

Dans cet exercice, à chacun sa technique: il y a ceux qui parlent fort, ceux qui martèlent des slogans, ceux qui font de grands gestes.

“Je dors dans la nature parfois”

Mamadou est le genre volubile. Mais lorsqu’il se confie, le débit est haché et le souffle un peu coupé: “Je dois travailler pour nourrir ma famille qui vit en Afrique. Comme je n’ai pas envie de vendre de la drogue, je fais ce travail. Je n’ai pas le choix: j’aimerais faire autre chose mais je ne trouve rien”.

Où habite-t-il ? Impossible de le savoir. À cette question, l’homme affiche un silence gêné. Sans doute par honte ou par fierté, Mamadou préfère se taire.

Et finit par lâcher, avec une fraîcheur sans naïveté: “Il n’y a des choses que l’on ne peut pas dire”.

Il n’y a des choses que l’on ne peut pas dire en effet. Mais il y a des choses que l’on ne peut pas nier non plus. Alors, Mamadou euphémise: “je dors dans la nature, parfois”.

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Sans-papiers, le jeune homme ne peut pas travailler légalement et n’a pas les moyens de se payer un logement.

Arrivé en France en 2007, Mamadou a d’abord travaillé dans un supermarché parisien avant de venir s’échouer dans le Golfe de Saint-Tropez. Aujourd’hui, il est au bout du rouleau.

La liberté comme lot de consolation

Au-delà de sa situation, Mamadou ne cache pas, pourtant, sa satisfaction à être un travailleur indépendant. Les vendeurs à la sauvette n’appartiennent pas tous à des réseaux.

Si beaucoup passent par un intermédiaire titulaire d’une carte de commerçant, Mamadou achète sa marchandise, avec ses économies, “dans les boutiques de Chinois à Paris”. Mais sa recette quotidienne ne dépasse jamais 50 euros.

Ce matin, Mamadou n’a toujours rien vendu. Il s’est assis sur le sable. avec trois “collègues” de travail. A la recherche de l’ombre comme d’une complice, une masseuse « chinoise » est venue les rejoindre.

La jeune femme se tait. Elle ne parle pas français. Dans ce carré d’indigents, tous partagent le même drap.

Comme si leur petit commerce créait un lien indéfectible, par-delà les origines et les barrières linguistiques. Comme si, d’un bout à l’autre du tissu, ces hommes et ses femmes ressentaient la situation de l’autre comme la leur.

Un interstice, à quelques pas d’une célèbre plage privée.

 

Nice Matin

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