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Élus du Montargois et d’origine étrangère, ils parlent du racisme

Les élus d’origine étrangère ont-ils parfois été confrontés au racisme, comme Kofi Yamgnane, ancien maire d’un village de Bretagne, qui en témoigne dans un livre?

Le 19 mars dernier, est sorti « Mémoires d’outre-haine », le livre de Kofi Yamgnane, ancien maire de Saint-Coulitz (Finistère), dans lequel celui qui fut l’un des premiers élus noirs de France évoque les courriers racistes reçus après son élection. Cet ouvrage, un autre élu d’origine étrangère l’a lu avec beaucoup d’attention : Aboubacry Sall, conseiller municipal à Amilly depuis l’année dernière.

Kofi Yamgnane a été élu maire de sa commune bretonne en 1989. Le racisme qu’il évoque est-il aujourd’hui toujours une réalité pour ces élus dont les familles sont arrivées en France il y a des décennies ?

Travailler deux fois plus
Aboubacry Sall se définit d’abord comme un véritable habitant de l’agglomération montargoise. Ses parents, originaires du Sénégal, se sont installés dans le quartier Kennedy, à Châlette-sur-Loing. « À l’époque, dans le quartier, on avait un service d’éducateurs. Ça changeait beaucoup de choses », souligne l’Amillois, actuellement directeur de l’action sociale intercommunale de la communauté de communes Val de Sully:

Je dis toujours que l’ascenseur social n’est pas bloqué en France. En appuyant sur le bouton “travail”, vous serez reconnu à votre juste valeur. Quand on est issu de l’immigration, c’est vrai, il faut travailler deux fois plus que les autres. Et on a parfois la sensation d’être victime de suspicions, surtout quand on est une personne de couleur, né dans un quartier.

Rien ne prédestinait ce gamin de l’agglomération montargoise à devenir délégué du préfet sur les quartiers prioritaires de Montargis, Châlette, Gien et Sully-sur-Loire entre 2015 et 2018. Après le bac et un BTS Force de vente au lycée en Forêt, à Montargis, le jeune Aboubacry pensait bien en avoir fini avec les études.

Son parcours, il l’explique d’abord comme une affaire de rencontres, essentielles et marquantes. Comme celle avec François Saillard, alors enseignant au lycée en Forêt et aujourd’hui élu à Paucourt :

Des années plus tard, on siège ensemble à l’Agglo. C’est drôle, non ?

Ou cette conseillère d’éducation du lycée Durzy, où il a effectué son service civil et qui l’a poussé à s’inscrire à la fac, en AES (Administration économique et sociale) ; et Jean Louis, l’emblématique maire de Châlette, qui lui a donné sa chance au service Jeunesse. Puis ce sont des postes à Bourges, à Le Mée-sur-Seine, où Aboubacry Sall apprend tout, dit-il, de la politique de la ville aux côtés du premier magistrat, Franck Vernin.

Et la soif d’apprendre et d’étudier, toujours, qui le pousse à passer de nouveaux diplômes : un master en ingénierie de politique jeunesse, un autre en développement social urbain. « Je me suis réveillé après le bac. Je voyais ma sœur travailler tout le temps et je ne voulais pas en faire autant. Mais je crois à la formation tout au long de la vie ; je suis boulimique de savoirs. »

Sur la liste de Gérard Dupaty en 2020
Enfin, il y a cette main tendue par Gérard Dupaty, le maire d’Amilly, qui a vu en Aboubacry Sall un candidat parfait à intégrer sur sa liste aux municipales en 2020. Un cheminement logique pour celui qui veut plus de démocratie participative au sein des instances et qui aime profondément son territoire : « La population, ce qu’elle veut, c’est important. Nous sommes dans une agglomération où il y a beaucoup de jeunes talents. Il faudrait vraiment valoriser cette jeunesse. »

Wondwossen Kassa est maire du village de Saint-Maurice-sur-Aveyron, 859 habitants. C’est en 1984, âgé de 16 ans, qu’il arrive d’Éthiopie avec sa famille. « On n’avait plus d’avenir, là-bas. Le pays était en guerre », rappelle-t-il.

« Avec des racines coupées, on reprend difficilement le cours de sa vie. Mes amis, à l’époque, c’était les livres et les journaux dans lesquels je me plongeais. Je passais mon temps au centre Beaubourg ! »

Le jeune homme veut travailler dans le domaine social et devient moniteur-éducateur dans des foyers. L’envie de quitter la région parisienne l’amène jusqu’à Saint-Maurice-sur-Aveyron, dont il est aujourd’hui maire, après avoir été conseiller puis adjoint.  » Le racisme, on en parle beaucoup quand il y a des élections nationales Mais, non, je n’en ai pas été victime. Les gens me jugent d’abord sur mon travail. Je dis toujours que je suis adopté, car les gens de Saint-Maurice m’ont vraiment adopté. Les gens d’ici parlent gentiment et le dialogue fait réellement avancer les choses. »

« Je n’ai jamais entendu de propos racistes à mon égard en tant qu’élue », précise la jeune femme. « En revanche, comme mes origines étrangères ne se lisent pas forcément sur mon visage, des gens m’ont parfois tenu des propos racistes. »
Enseignante au collège, Sarah Chbihi Kaddouri juge que le racisme peut être instrumentalisé « pour nous monter les uns contre les autres ».

« Ou ça peut parfois être utilisé comme un prétexte, comme des excuses qu’on se trouve. Il faut parler de tout ça et expliquer les choses posément. Mes élèves sont issus d’un peu partout et il n’y a pas de problèmes. »

Pascale Auditeau avec Larep

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