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Mohamed Mboup, enseignant-chercheur aux USA sur la situation au Sénégal: «La parole doit revenir aux intellectuels…»

Le débat national sur la politique et le modèle de gouvernance au Sénégal interpelle des intellectuels surtout ceux de la diaspora. Mohamed Mboup, USA, est de ceux-là.

Selon lui, « le Sénégal doit penser autrement », notamment par rapport à la gouvernance et à la politique d’emploi des jeunes. Surtout, estime-t-il, le débat national doit prendre une tournure saine et sereine. L’enseignant qu’il est milite pour que la parole soit donnée aux ayants droit et non aux insulteurs ou repris de justice. Lesquels, selon M. Mboup, n’ont aucun bagage intellectuel.

Ancien de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), Mohamed Mboup est membre du regroupement, « Les amis d’Allo-radio Dakar ». Une émission animée par Modibo Diagne aux Etats-Unis et qui traite de l’actualité sénégalaise. Dans cet entretien, il donne son avis sur les grandes questions qui ont agité l’actualité ces derniers mois. Il se prononce notamment sur l’emploi des jeunes, l’état de la démocratie, l’instauration d’un débat sérieux entre intellectuels pour ne pas céder la place à des repris de justice. Last but not least, il parle aussi du modèle de développement et de la question du numérique.

Autant de questions abordées par l’enseignant-chercheur qui se dit persuadé qu’un nouvel élan est bien nécessaire pour la bonne marche du pays. Il pense que c’est un faux débat de parler de recul démocratique non seulement dans le monde, mais plus particulièrement au Sénégal, pays dont, selon lui, certaines valeurs sont mises à l’écart à cause des comportements de ses citoyens. En ce sens, il parle « de régressions humaines ».

Car, selon l’enseignant sénégalais travaillant aux Etats- Unis, l’être humain est tombé dans la barbarie. Ce, étant donné que c’est lui qui a créé le concept de démocratie en le ponctuant de lois et de règles qui doivent le codifier. De ce fait, pense-t-il, c’est le comportement humain qui est à déplorer et l’homme gagnerait à changer de mentalité et de philosophie pour son bien-être. A en croire M. Mboup, le Sénégal souffre de plusieurs maux et si des efforts sont faits, surtout au niveau humain, tout va aller de l’avant.

« Se mettre au rythme du peuple »
« Ceux qui nous dirigent gagneraient à se mettre au rythme de la population. On est bien installé dans le monde du numérique et nous avons une population qui est essentiellement composée de jeunes. Lesquels sont dynamiques et connaissent bien les contours de l’internet. De ce fait, je crois qu’ils ont dépassé les gouvernants en ce sens », soutient M. Mohamed Mboup.

Selon le chercheur, l’élite gouvernementale dirige ce pays d’une manière dépassée voire archaïque. Car, elle utilise des modèles de gouvernance à ce point obsolète qu’elle n’a pas pris le temps et la vision nécessaire pour comprendre dans quel monde vivent ces jeunes qu’elle prétend vouloir aider à s’épanouir. Prenant comme exemple l’avènement du « Thiak- Thiak », c’est à dire la livraison par motos, mis en place par des jeunes qui peinaient à trouver du travail, M. Mboup explique que les dirigeants n’ont pas pu trouver ce genre de solution et continuent à ne guère encadrer ce phénomène qui, bien géré, devrait pourtant permettre un épanouissement concret face à la vague déferlante de chômage qui frappe la jeunesse sénégalaise.

«La digitalisation du commerce doit faire partie des priorités de l’Etat »
Le Sénégal gagnerait à se mettre au rythme des autres nations. Cela passe bien sûr par la digitalisation du commerce qui fait partie des moyens les plus sûrs et les plus utilisés ces dernières années. Car l’internet et l’informatique sont de nos jours des outils de développement, si l’on sait s’en servir », pense Mohamed Mboup qui se désole du retard du gouvernement « face aux nouvelles méthodes de gouvernance et de développement. Cela se confirme par le fait qu’ils n’ont pas informatisé le gouvernement », soutient-il. Un problème qui pourrait être résolu avec l’arrivée du « data center » installé à Diamniadio.

Une gouvernance engagée pour s’en sortir »
Selon toujours M. Mboup, le gouvernement doit s’adapter aux réalités sociétales qui sont la base d’une reconstruction, voire d’un nouvel élan de progression économique. Il doit aussi considérer les différents segments de la population et avoir une approche inclusive. C’est-à-dire inviter tous les acteurs à partager un même idéal de développement communautaire.

« Je crois beaucoup plus à la gouvernance partagée, à la distribution du pouvoir. Et pour que cela soit effectif, certaines bonnes volontés à l’instar des marabouts, qui aident et font du social, doivent participer à la prise de décision. Il faut une gouvernance où le pouvoir est distribué entre les forces compatriote vivant aux USA. Il donne comme exemple le modèle « Mouride » dont la notion « du un pour tous et du tous pour un » serait une idéologie partagée par l’ensemble des talibés de Bamba et qui serait adaptée au système que doit prendre le Sénégal, selon lui.

« Avec ces nombreux dons que le khalife général des Mourides a faits non seulement au gouvernement mais aussi à la population, il a participé d’une manière directe au développement de la Nation », magnifie M. Mboup. Des actions qu’il définit comme une gouvernance partagée pour le bien de tous.

« Les intellectuels certifiés ne critiquent plus le gouvernement »
« Il fut un temps où les intellectuels parlaient aux gouvernants. Ils les critiquaient quand il le fallait dans le but de les remettre sur les bons rails afin qu’ils puissent gouverner dans la droiture sachant qu’il y a des gens qui veillent vraiment sur ce qu’ils font et jouent un rôle d’alerte » regrette Mohamed Mboup en évoquant ce temps béni. Une pratique qui n’a plus en cours car, estime-t-il, le débat intellectuel n’est plus d’actualité au Sénégal.

« La tendance qui se dégage depuis plusieurs années maintenant ne met pas le Sénégal sur la bonne orbite. Le culte de la médiocrité s’accentue de plus en plus dans ce pays qui était réputé par le niveau affiché par des gens comme Kéba Mbaye ou encore Cheikh Anta Diop.

Ce qui faisait la force de ce pays en dehors de nos frontières. Aujourd’hui, la parole est donné aux insulteurs et repris de justice qui n’ont aucun background et rien à offrir à la population », se désole Mohamed Mboup qui pense que le pays gagnerait davantage à installer un débat sur les grandes questions de l’heure.

Sileye NGUETTE

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